Ressources numériques en sciences humaines et sociales OpenEdition Nos plateformes OpenEdition Books OpenEdition Journals Hypothèses Calenda Bibliothèques OpenEdition Freemium Suivez-nous

Échecs de l’émigration au Pérou : le récit d’Auguste Lagravère (1863-1866)

Auguste Lagravère émigre au Pérou en 1863, par Isabelle Tauzin

Auguste Lagravère est l’un de ces nombreux Français partis aux Amériques, pour faire fortune au Pérou, sur les traces d’un oncle qui exploitait une mine dans les Andes centrales. L’historien Fernando Barrantes Rodriguez Larrain propose une notice biographique sur Pierre Adrien Lagravère, qui a réussi à la tête de mines d’argent, associé à ses fils et fit partie des notables fondateurs de la Société Française de Bienfaisance. Cette success story familiale contraste avec le récit de violence intrafamiliale laissé par Auguste Lagravère, revenu de son expérience migratoire en 1866 et auteur d’un témoignage qu’il publia sous le titre Aïguala ! Souvenirs de l’Amérique méridionale[1] à Paris en 1883. Le père d’Auguste était un Bayonnais, Pierre Théodore Lagravère qui eut un fils à Lyon, l’autre à Paris, et finit sa carrière comme fonctionnaire du ministère de l’Intérieur[2] tout comme le sera Auguste Lagravère en 1870. Continuer la lecture de « Échecs de l’émigration au Pérou : le récit d’Auguste Lagravère (1863-1866) »

La caricature d’un émigrant bordelais en Argentine (1899)

La revue satirique Caras y caretas publie à Buenos Aires une galerie de portraits d’immigrants à partir du 15 avril 1899 sous la rubrique « Galería de inmigrantes ».

L’écrivain Francisco Grandmontagne qui a vécu au Pays Basque Sud avant d’émigrer à Buenos Aires et fonder la revue La Vasconia destinée à la communauté basque sur place, est l’auteur d’une biographie fantaisiste publiée le 13 mai 1899 d’un Français, défini comme un Bordelais et qu’il baptise M. Flémond.

Grandmontagne fait de la Gironde une terre mythique à la fois plantée de vignes et d’oliviers. Son personnage est une caricature, qui véhicule le cliché d’étrangers parasites prêts à exploiter le pays d’accueil. Flémont a étudié, appris surtout à compter et une fois arrivé en Argentine, trouver à s’employer dans un magasin de vins et spiritueux :

« Il n’a dérangé personne avec des lettres de recommandation, à la différence du [type du] bachelier immigrant. Ouvrier manuel et ouvrier intellectuel, homme aux multiples talents, il n’a pas perdu son temps à chercher difficilement un poste sédentaire. Il travailla comme ouvrier manuel dans une distillerie, avec cette relative indépendance dont ne jouit pas le comptable, soumis aux rebuffades patronales et pris en étau entre les intrigues des associés ».

Comme l’explique Isabel Santi dans « Algunos aspectos de la representación de los inmigrantes en Argentina » (Alhim, 2002, 4), l’immigré diplômé (« El bachiller », Caras y caretas, 15 avril 1899) qui arrive à la fin du XIXe siècle dans le Rio de la Plata, tel que le dépeint Grandmontagne, croit que tout lui est dû, du fait de son diplôme qui ne lui permettra pas d’accéder aux emplois qu’il espérait  de par ses origines et ses études.

Quant au Girondin imaginé par le même auteur, entre costumbrisme et naturalisme, Flémond fait rapidement fortune en produisant du vin frelaté, rougi par toute sorte de plantes (de la rose trémière aux algues) ; il invente des domaines viticoles, des chateaux au nom ridicule mais qui rencontrent le plus grand succès, et épouse une compatriote qui travaille à ses côtés et lui donne deux enfants, Flémond « règlemente la fécondité de la Gasconne ». Après des années à Buenos Aires, tandis que son épouse est partie s’installer à Paris, le Bordelais réalise un dernier voyage transatlantique: « M. Flémond professe à l’égard de ces jeunes pays un dédain presque olympien, croyant que notre bonnet phrygien peut être l’écuelle qui servira à porter le grain au bec de son coq français ».

Cet émigrant bordelais (en réalité Bordeaux est un prétexte, Grandmontagne ne donne aucune précision sur la ville), n’aura laissé comme trace de son passage en Amérique que « les colorants à l’aniline avec lesquels ses châteaux auront verni les estomacs contemporains ». C’est ainsi que le narrateur de Caras y caretas, conclut son portrait impitoyable et sarcastique à l’égard  de l’opportuniste qui a débarqué des rives de la Garonne pour repartir au plus vite, sans s’enraciner dans la province de Buenos Aires.

 

Sources

Caras y caretas, 1898-1899. Cervantesvirtual partiellement accessible en ligne.

Galería de inmigrantes – Monsieur FlémondCaras y caretas, Buenos Aires, n° 32, 13 mai 1899, p. 13-14.

Rodríguez Martín Carmen, « Francisco Grandmontagne y Félix Basterra: habitar en el entre trasatlántico», Estudios filosóficos Lxiv, 2015, p. 11-124, Universidad de Granada.

Santi Isabel, «  Algunos aspectos de la representación de los inmigrantes en Argentina », Amérique Latine Histoire et Mémoire. Les Cahiers ALHIM [Online], 4 | 2002

L’exil uruguayen d’un capitaine normand

Passages. Vue prise de Sainte-Anne Hennebutte
Du transport de passagers à la condamnation en 1843: le sort du capitaine Louis Frémont, par Pierre Lair

Le 28 juillet 1842, le brick l’Indien pénètre dans le chenal d’entrée de Pasaia (Passages), une profonde ria située entre Fontarrabie et San-Sebastian, en Guipuscoa. Pour le capitaine Louis Frémont, qui le commande, descendant d’une dynastie de capitaines de navires normands, c’est la première fois qu’il fait escale au Pays Basque. Il quitte ce site protégé le 1er décembre suivant, avec à son bord 192 émigrants basques, qu’il va emmener à Montevideo, la capitale de l’Uruguay, une des destinations favorites des candidats à l’émigration.

Cathédrale de Montevideo, XIXe siècle.

Le 19 février suivant, Louis Frémont (qui, à ce moment-là, est en plein milieu de l’Atlantique) est condamné à un an de prison pour escroquerie par le tribunal correctionnel de Bayonne. Jean Eliçabe, natif de Tardets, en Haute-Soule, l’agent d’émigration à qui il était associé pour cette campagne, est condamné à la même peine.

Les recherches menées dans de nombreux services d’archive montrent qu’à l’exception des frères Brie, condamnés en 1841 par le tribunal commercial de Bayonne suite à leur implication dans l’émigration, il n’y a pas eu d’autres jugements pour ce motif. En première approximation, on peut expliquer la gravité de la sanction appliquée au capitaine Frémont par un concours de circonstances dont il a été victime. D’une part, en 1842, les pouvoirs publics sont exaspérés par l’importance de l’émigration. On considère généralement que sur le XIXe siècle, 100.000 Basques ont émigré en Amérique du Sud, pour une population évaluée à 400.000. D’autre part, la nouvelle du naufrage tragique de la Léopoldina Rosa survenu le 9 juin 1842 en Uruguay, est arrivée au Pays Basque en septembre, où elle a provoqué un émoi considérable.

Il ne serait pas étonnant qu’à ce moment-là, les pouvoirs publics basques aient ressenti le besoin de frapper un grand coup. Des échanges de courrier entre Jules Azevedo, le préfet des Basses Pyrénées et son ministre de tutelle, au sujet de Louis Frémont, expriment d’ailleurs clairement le fait qu’à son égard, ils ont décidé de faire un exemple, espérant ainsi  dissuader  les autres agents d’émigration. Mais une question se pose : à cette époque, de nombreux capitaines contribuaient à cette émigration, et Pasaia était un des principaux ports de départ. Alors pourquoi Louis Frémont a-t-il été le seul à être condamné ?

Un élément de réponse pourrait provenir de la façon dont Louis a recruté ses passagers : le procès-verbal de jugement précise que : « d’après la notoriété publique (Le capitaine Frémont) aurait engagé un certain nombre des émigrants à lui livrer des fonds, ou à contracter envers lui des engagements, faits qui constituent le délit d’escroquerie ». Cette terminologie évasive est précisée par un autre courrier d’Azevedo à son ministre : le texte mentionne « pour [régler] cette somme, les émigrants s’obligent par acte public, ainsi que j’ai eu l’honneur de vous en informer, à rester entièrement à sa disposition, pendant tout le temps nécessaire à l’acquittement de la dette qu’ils ont souscrite ».

Aux candidats à l’émigration qui ne disposaient pas de la somme nécessaire à la traversée, le capitaine Frémont faisait donc signer un contrat par lequel ils s’engageaient, une fois arrivés à destination, à travailler durement jusqu’à remboursement intégral du prix du passage, ce que certains contemporains considéraient comme une forme d’esclavage moderne. On est effectivement face à ce qu’on appelle aujourd’hui un passeur, ce qui fait tristement écho à ce qui se passe actuellement en Méditerranée et dans la Manche. Continuer la lecture de « L’exil uruguayen d’un capitaine normand »

Les racines basques de Madeleine Truel Larrabure – Ascendencia vasca

Le Pays basque a été dépeuplé par l’émigration au cours du XIXe siècle.  Montevideo, Buenos Aires et Valparaiso sont des escales pour les migrants qui continuent jusqu’au Callao, le principal port du Pérou. La république andine connaît un essor exceptionnel à partir du milieu du siècle grâce à l’exportation de guano pour améliorer les rendements agricoles.

Vue de Suhescun. Source: Isabelle Tauzin

C’est vers cet Eldorado que les familles Gaillour et Larrabure partent du même village et émigrent au milieu du siècle. Ils quittent Suhescun, une commune située à quelques lieues de Saint-Jean-Pied-de-Port. Leur père, André Larraburu est métayer et marié à une jeune compatriote, Marie Aphat. Les registres du village basque enregistrent les noms de Larraburu, Larrabure et Larruburu pour la même famille. André Larraburu n’a pas pu apprendre à écrire. D’autres signent pour lui les registres de naissance des enfants. Continuer la lecture de « Les racines basques de Madeleine Truel Larrabure – Ascendencia vasca »

Registre d’immigration Montevideo 1833-1835

Les Archives Nationales d’Uruguay conserve les listes des arrivants à Montevideo. Le livre 39 porte la mention Libro de pasaportes 1833-1835 et liste les voyageurs en précisant la nationalité, l’âge, le bateau, le métier et l’adresse à Montevideo. Les informations sont moins précises quand le flux des immigrants augmente. La collecte de photos a été réalisée en avril 2023 dans le cadre du projet EMILA.

La mention “Basque français” est remarquable comme l’indication identitaire de l’arrivant.

La frégate La Gabrielle de Bordeaux débarque ses passagers le 5 juin dont plusieurs cultivateurs et tanneurs.

Le saloir de D. Jaime Legris reçoit un contingent de 9 ouvriers .

Plus d’informations dans le carnet EMILA

Traces de l’émigration française en Uruguay d’Isabelle Tauzin

Le registre des immatriculations françaises en Uruguay de Daniel Muracciole Champenois

Vidéo de présentation de L’enfant du métro, 1943 Les soeurs Truel entre la France et le Pérou

L’enfant du métro est un texte fascinant, archétype de la littérature clandestine, inventive et fragile, écrite en France pendant la Seconde Guerre mondiale. Madeleine et Lucha Truel ont écrit un roman d’apparence enfantine ; elles dénonçaient de manière à peine dissimulée le temps présent : l’Occupation nazie.

Décrypter leurs illustrations et leurs récits est le point de départ de cet essai qui ressuscite deux oubliées de l’Histoire.

La vidéo de présentation, le feuilletage du conte pour enfants, la lecture de l’essai  chapitre par chapitre, le téléchargement pdf sont accessibles en ligne grâce à Stéphanie Vincent Guionneau, (2025).

Interview de l’autrice Isabelle Tauzin-Castellanos (Version 1). NAKALA – https://nakala.fr (Huma-Num – CNRS). https://doi.org/10.34847/NKL.B9544Z71

 

Traces de l’émigration française en Uruguay

Le premier passeport des archives départementales de la Gironde pour Montevideo a été établi à la demande du négociant parfumeur Mathieu Charles Dupin. C’est le seul passeport pour Montevideo émis pendant un quart de siècle, avant que les demandes ne se multiplient à partir de 1828, à la fin de la guerre qui scelle l’indépendance de l’Uruguay. Ce premier passeport bordelais, concerne un jeune homme de 18 ans. Un seul passeport est émis également pour Buenos Aires entre 1801 et 1815, pour un autre Bordelais dont le métier n’est pas renseigné.

La rareté des informations sur les voyageurs ne doit pas conduire à la conclusion qu’il n’y avait pas de flux de voyageurs vers l’Amérique méridionale. Rien n’arrêtait les hommes décidés à émigrer, pas même le blocus des côtes françaises du fait de l’Empire hostile aux monarchies de la péninsule ibérique. Plusieurs des marins du Consolateur parti de Bayonne en mai 1808 au moment de l’invasion de l’Espagne par les armées napoléoniennes, fondèrent ensuite une famille dans le Rio de la Plata.

Juan Manuel Besnes e Irigoyen

En septembre 1808, à Montevideo, le gouverneur François Xavier Elio ordonna l’arrestation d’une quarantaine de commerçants français. Certains étaient probablement arrivés du fait de la législation espagnole qui assimilait les habitants de la Basse Navarre française aux autres provinces de la Péninsule et n’exigeait pas de passeport pour arriver à Montevideo.

Juan Manuel Besnes, Paquete Primera de Platero, Musée Historique National, Montevideo.

Juan Manuel Besnes, Echouage du vapeur anglais Le Gorgon 1844, Musée Historique National, Montevideo. 

Continuer la lecture de « Traces de l’émigration française en Uruguay »

Une émigration funeste: la famille Chapar en Argentine

Le matin du 1er janvier 1872, la famille Chapar venue du Pays basque et installée dans la pampa argentine a été décimée. Les traces du massacre sont rares dans la presse française de l’époque ; l’information sera évoquée tardivement, en février 1872 dans La Petite Presse, qui assure que le gouvernement a endigué la vague de violence qui a coûté la vie à une quarantaine de personnes.

Saint-Jean Chapar a été assassiné aux côtés de sa femme et leurs trois enfants en bas âge, à quelques kilomètres de la petite ville pionnière de Tandil. La mort de la famille Chapar illustre l’autre réalité de l’immigration en Argentine.  La violence s’est parfois déchaînée contre les étrangers arrivés en Amérique à la recherche d’une vie meilleure et ces destins brisés ont été oubliés comme autant de faits divers.

Le portrait de Saint-Jean Chapar ci-contre a été conservé dans sa famille et transmis par Jean-Claude Darrigrand, arrière-petit neveu qui a gardé en mémoire l’image des ancêtres massacrés à Tandil.

Continuer la lecture de « Une émigration funeste: la famille Chapar en Argentine »

Les commerces d’émigrants basques à Lima à la Belle Epoque

Parmi les familles françaises installées à Lima, elles sont nombreuses à se consacrer au commerce, commerce de produits de luxe, d’outillages, d’articles de mode… Les familles basques et bayonnaises Larrabure, Carriquiry et Prugue sont associés de longue date. Les Larrabure trouvent leur origine dans un village à proximité de Saint-Jean-Pied de Port, tout comme les Fort qui jouent un rôle éminent dès la formation de la Société de Bienfaisance Française. Les Carriquiry sont partis de Tardets, dans une vallée encore plus enclavée et proche de la Navarre espagnole.

Les deux amis sont l’un des nombreux commerces français qui exhibent le luxe, la mode, le “bon goût” dans le centre de Lima au début du XXe siècle. L’annonce publicitaire parue en 1921  dans le Guide commercial et industriel rend compte de cette présence.

L’Amérique du Sud : histoire d’émigrations XIXe-XXe siècles

L’Amérique du Sud : histoire d’émigrations XIXe-XXe siècles. Presses Universitaires de Bordeaux, 2024, 340 pages.  ISBN: 979-10-300-1126-5. 25€. 340 pages, 105 illustrations.

Des milliers d’émigrants sont partis à Montevideo et à Buenos Aires, pour continuer jusqu’aux ports du Chili et du Pérou. 21 essais écrits par Isabelle Tauzin-Castellanos découvrent les routes de l’exil en Amérique du Sud et des retours en France.

L’histoire de l’émigration répond à une pulsion de vie. Comme de nos jours, l’émigrant du XIXe siècle est guidé par l’espoir d’une vie meilleure. Des milliers de Français ont embarqué des ports de l’Atlantique. L’Amérique du Sud devenue indépendante semble le lieu de tous les possibles, accessible à toutes les bourses, grâce aux publicités des agences d’émigration et aux récits de voyage.

Les conditions de la navigation transatlantique, l’envoi de marchandises traditionnelles et exotiques, les déboires des migrants endettés, les violences à l’égard des subalternes, l’intégration des peintres et des photographes (Bonnaffé et Monvoisin, les frères Courret), les destins des Aquitains et des Basques, aristocrates et domestiques, cultivateurs et intellectuels, révèlent la ségrégation et le succès outre-mer. Les trajectoires féminines ne sont pas oubliées, grâce aux biographies de féministes (Flora Tristan, Gabrielle Laperrière), de missionnaires, de résistantes (Lucha Truel et Madeleine Truel), absentes de l’histoire contemporaine.

Sommaire de l’ouvrage en ligne.

Mots clefs: Émigration française, histoire globale, Amérique Latine, histoire des femmes, histoire de l’art latino-américain XIXe-XXe.

French emigration, global history, Latin America, women’s history, history of 19th-20th-century Latin American art

Emigración francesa, historia mundial, América Latina, historia de las mujeres, historia del arte latinoamericano XIX-XX

L’émigration basque et béarnaise en Amérique : histoires familiales en construction

Compte  rendu par Valérie Joubert-Anghel (Ameriber, Université Bordeaux Montaigne): L’émigration basque et béarnaise en Amérique : histoires familiales en construction, Morlaàs, éditions Cairn, Pau, 2023. ISBN: 979-10-7006-208-1

L’ouvrage intitulé L’émigration basque et béarnaise en Amérique : histoires familiales en construction est publié aux éditions CAIRN en 2023 par Isabelle Tauzin-Castellanos, professeure émérite de l’Université Bordeaux Montaigne et spécialiste de recherches sur l’Amérique latine – et Beñat Çuburu-Ithorotz, historien, professeur à l’IUT de Bayonne et du Pays Basque, Docteur de l’Université Bordeaux Montaigne.

Ce recueil d’articles est issu d’un colloque organisé à Bayonne en juillet 2021 dans le cadre du projet de recherches sur les Ecritures migrantes latino-américaines : histoires et traces en Nouvelle-Aquitaine. Les partenaires du projet sont l’Université Bordeaux Montaigne et la Région Nouvelle-Aquitaine.

Composé de 245 pages, le volume se divise en cinq parties. Il comporte une introduction et des résumés en français, espagnol et anglais. Les contributions sont au nombre de douze, toutes en français, et sont suivies de bibliographies fournies sur la question de l’émigration basque et béarnaise vers l’Amérique au XIXe siècle et au début du XX siècle. C’est justement l’impact de la question migratoire et sa survivance dans les mémoires familiales qui est au cœur du projet.

Continuer la lecture de « L’émigration basque et béarnaise en Amérique : histoires familiales en construction »

Elorri Arcocha Mendinueta: sur des lettres en basque d’émigrés et soldats souletins

Une société à travers la correspondance. La Soule de la fin du XIXe siècle jusqu’à la Première Guerre Mondiale

Elorri Arcocha Mendinueta a soutenu au mois de janvier 2024 une thèse doctorale à l’Université Publique de Navarre, rédigée en basque et en français. La thèse a pour titre “Gizarte bat korrespondentziaren prismatik : Zuberoa, XIX. mendearen bukaeratik Lehen Mundu Gerra arte”. L’objectif principal était d’étudier les correspondances provenant de quatre collections, comprenant des lettres d’émigrés souletins, de soldats souletins pendant la Première Guerre mondiale, et dans une moindre mesure, de personnes restées au pays. Cette recherche visait à ouvrir une nouvelle perspective dans l’étude de la correspondance, en se concentrant non pas sur l’émigration ou la vie des soldats dans les tranchées, mais en intégrant les lettres dans une métacommunication préétablie, faisant ainsi partie d’un contexte socioculturel spécifique. Les images de ce billet sont issues du corpus d’Elorri Arcocha.

Le travail s’est donc axé sur l’analyse des informations que les lettres fournissent sur la société de la Soule à la fin du XIXe et au début du XXe siècle. La recherche a été articulée en trois parties : la première s’est penchée sur l’emploi de l’écrit dans une société qui était encore en cours d’alphabétisation, mettant en lumière une appropriation particulière de l’écrit et une utilisation répandue du basque à l’écrit. La deuxième partie examine l’utilisation des trois langues présentes dans la correspondance – le basque, le français et l’espagnol – ainsi que les facteurs qui ont influencé le choix de chaque langue, et la coexistence de différentes langues dans une même lettre. Enfin, la troisième partie analyse la symbiose des éléments traditionnels et modernes dans la correspondance à travers le prisme de la société souletine de l’époque.

Vidéo de l’exposition sur l’émigration basque en Amérique Hendaye août 2023

Images du vernissage et de la conférence sur l’émigration basque en Amérique. Réalisation-vidéo: Carlos  Estela Vilela.

Imágenes de la inauguración y conferencia sobre la emigración vasca a América – 2 al 26 de agosto 2023

 

Vernissage de l’exposition Images de la diaspora basque en Amérique

Le vernissage de l’exposition préparée  dans le cadre du projet EMILA s’est déroulé jeudi 3 août 2023 en présence du maire d’Hendaye,  Kotte Ecenarro et de l’adjointe à la Culture et au Patrimoine, Michelle Mounios, et des organisateurs de l’exposition venus de l’université Bordeaux Montaigne aux côtés d’ Isabelle Tauzin-Castellanos, les chercheurs américanistes Beñat Cuburu et Carlos Estela, et dans le public Aurelia Arcocha, Maite Lassalle, Nara Perez Vila, Florence Serrano, Françoise Vigier… Vidéo en ligne du vernissage.

L’exposition se déroule sur deux sites hendayais du 2 août au 26 août, en accès libre: l’espace culturel  Mendi Zolan et parallèlement à la Médiathèque François Mitterrand :  la profusion de documents, de photos ont imposé ce dédoublement. Les deux parties d’Hendaye, la ville haute et la plage permettent de toucher un public plus large, les lecteurs de la médiathèque et les habitués des activités de l’espace culturel, ainsi que les visiteurs de passage, les vacanciers du mois d’août, les retournés comme des émigrants qui reviennent au pays basque natal en été.

Dans les deux espaces à Mendi Zolan et à la Médiathèque, des photos qui montrent le dépeuplement du Pays Basque provoqué par l’émigration au XIXe siècle, la tragédie des naufrages comme le Léopoldine Rose en 1842, les conditions de travail harassantes des émigrants, endettés par le voyage et obligés d’effectuer les tâches les plus malsaines pour se libérer de la dette, la consultation des archives de Montevideo, la rencontre avec des descendants qui ont confié leurs archives à Isabelle Tauzin (Marcel Loustau, Santiago Arca Henon, Mikel Ezkerro, Norma Diaz, Paul Mousqué, Patricio Legarraga…) l’accueil de l’ambassade de France en Uruguay, le centre basque français de Buenos Aires, le musée de Mar del Plata, les ressources du musée de Basse Navarre de Saint Palais, pour le Chili et le Mexique, les archives départementales de la Gironde et des Pyrénées Atlantiques, les photos de Beñat Cuburu auteur d’ Émigrer au Mexiqueà 15 ans, et le film « Parole de Basque », projeté  au cinéma d’Hendaye ont retenu l’attention de l’auditoire toute la soirée du 3 août.

Parmi les historiens qui ont aidé au succès de cette manifestation tout public: Hernan Otero spécialiste de l’émigration en Argentine, Oscar Alvarez Gila, professeur à l’université du Pays Basque (chaire d’histoire de l’Amérique), Raquel Idoate à Pampelune, historienne spécialiste des agents d’émigration de Navarre…

L’émigration était une vaste entreprise rentable et les Basques recherchés par les gouvernement latino-américains pour leur acharnement au travail ont fondé des familles dans le Rio de la Plata, mais aussi, au Pérou, – objet de la conférence du 22 août 2023 à la médiathèque d’Hendaye- aux États-Unis comme on peut l’observer à l’issue de l’exposition . L’exposition est une invitation à suivre l’itinéraire des bateaux qui descendaient jusqu’au Cap Horn avant de remonter vers la Californie à partir de la ruée vers l’or.

Des passeports et des cartes de séjour ainsi que des lettres et des photos de famille, les villas des Américains de retour tout cela  illustre l’importance de la diaspora basque.

L’immigration en Europe aujourd’hui est identique à la quête d’un avenir meilleur des dizaines de milliers de Basques partis entre 1820 et 1930, qui ont gardé en mémoire la terre des ancêtres.

Images de la diaspora basque en Amérique, XIXe –XXIe siècle

Exposition, projection débat et conférence  sur l’histoire de l’émigration basque à Hendaye

2 au 26 août 2023 – Vernissage 3 août

  • à l’Espace Culturel Mendi Zolan à Hendaye plage, du mercredi au samedi
  • à la Médiathèque municipale François Mitterand, à Hendaye centre, du mardi au samedi

Au XIXe et au XXe siècle, des dizaines de milliers de Basques sont partis à l’aventure du continent américain pour gagner leur vie et s’assurer un avenir meilleur. Les émigrants ont fondé les familles de la diaspora transatlantique, et ont gardé des attaches avec le pays natal. L’exposition préparée dans le cadre du projet EMILA présente plus de 70 photographies illustrant les étapes du parcours migratoire, du voyage transatlantique à l’installation en Amérique latine ou aux États-Unis, suivant un itinéraire thématique et chronologique centrée sur plusieurs pays qui ont accueilli les Européens, le Mexique, l’Uruguay, l’Argentine,  et également sur la côte Pacifique le Chili et le Pérou.

Isabelle Tauzin-Castellanos (professeure des universités, Bordeaux Montaigne) assure le commissariat de l’exposition ouverte au public sur la diaspora basque en Amérique du 3 août au 26 août, dans le cadre du projet EMILA Ecritures migrantes Latino-Américaines. Histoires et traces de/en Nouvelle Aquitaine à Hendaye. L’exposition à l’Espace Culturel Mendi Zolan est complétée par une projection débat le 3 août au cinéma Les Variétés de Parole de Basque avec Beñat Cuburu Ithorotz, docteur  de l’université Bordeaux Montaigne et enseignant d’espagnol à l’IUT de Bayonne et à une conférence le 22 août à la médiathèque  François Mitterand d’Hendaye.

Carlos Estela Vilela, doctorant sur le patrimoine photographique d’Eugène Courret, émigrant d’Angoulême parti au Pérou, est le concepteur graphique de l’exposition réalisée grâce aux contacts noués depuis 5 ans par l’équipe EMILA avec des descendants d’émigrants et des chercheurs de France et de Navarre, du Rio de la Plata ou d’autres terres d’accueil. Elena Poniatowska, Prix Cervantès de littérature, romancière franco-mexicaine, Oscar Alvarez Gila, historien de la diaspora à  l’université du Pays Basque, Hernan Otero et Margarita Pierini, universitaires argentins, Marcel Loustau et Santiago Arca Henon, descendants d’émigrés basques et béarnais en Uruguay,  Beñat Cuburu, spécialiste de l’émigration professionnelle d’Hasparren, Marie-Pierre Arrizabalaga, spécialiste de l’émigration basque, Pascal Chastin, doctorant qui explore les registres de Tardets-Sorholus, Raquel Idoate les réseaux de la famille Fort… nombreux sont les contributeurs et les partenaires rencontrés par l’universitaire spécialiste de l’Amérique latine Isabelle Tauzin, au cours de deux mois de recherches sur le terrain au printemps 2023, pour aboutir à l’exposition d’Hendaye du 3 au 26 août