
Du transport de passagers à la condamnation en 1843: le sort du capitaine Louis Frémont, par Pierre Lair
Le 28 juillet 1842, le brick l’Indien pénètre dans le chenal d’entrée de Pasaia (Passages), une profonde ria située entre Fontarrabie et San-Sebastian, en Guipuscoa. Pour le capitaine Louis Frémont, qui le commande, descendant d’une dynastie de capitaines de navires normands, c’est la première fois qu’il fait escale au Pays Basque. Il quitte ce site protégé le 1er décembre suivant, avec à son bord 192 émigrants basques, qu’il va emmener à Montevideo, la capitale de l’Uruguay, une des destinations favorites des candidats à l’émigration.

Le 19 février suivant, Louis Frémont (qui, à ce moment-là, est en plein milieu de l’Atlantique) est condamné à un an de prison pour escroquerie par le tribunal correctionnel de Bayonne. Jean Eliçabe, natif de Tardets, en Haute-Soule, l’agent d’émigration à qui il était associé pour cette campagne, est condamné à la même peine.
Les recherches menées dans de nombreux services d’archive montrent qu’à l’exception des frères Brie, condamnés en 1841 par le tribunal commercial de Bayonne suite à leur implication dans l’émigration, il n’y a pas eu d’autres jugements pour ce motif. En première approximation, on peut expliquer la gravité de la sanction appliquée au capitaine Frémont par un concours de circonstances dont il a été victime. D’une part, en 1842, les pouvoirs publics sont exaspérés par l’importance de l’émigration. On considère généralement que sur le XIXe siècle, 100.000 Basques ont émigré en Amérique du Sud, pour une population évaluée à 400.000. D’autre part, la nouvelle du naufrage tragique de la Léopoldina Rosa survenu le 9 juin 1842 en Uruguay, est arrivée au Pays Basque en septembre, où elle a provoqué un émoi considérable.
Il ne serait pas étonnant qu’à ce moment-là, les pouvoirs publics basques aient ressenti le besoin de frapper un grand coup. Des échanges de courrier entre Jules Azevedo, le préfet des Basses Pyrénées et son ministre de tutelle, au sujet de Louis Frémont, expriment d’ailleurs clairement le fait qu’à son égard, ils ont décidé de faire un exemple, espérant ainsi dissuader les autres agents d’émigration. Mais une question se pose : à cette époque, de nombreux capitaines contribuaient à cette émigration, et Pasaia était un des principaux ports de départ. Alors pourquoi Louis Frémont a-t-il été le seul à être condamné ?
Un élément de réponse pourrait provenir de la façon dont Louis a recruté ses passagers : le procès-verbal de jugement précise que : « d’après la notoriété publique (Le capitaine Frémont) aurait engagé un certain nombre des émigrants à lui livrer des fonds, ou à contracter envers lui des engagements, faits qui constituent le délit d’escroquerie ». Cette terminologie évasive est précisée par un autre courrier d’Azevedo à son ministre : le texte mentionne « pour [régler] cette somme, les émigrants s’obligent par acte public, ainsi que j’ai eu l’honneur de vous en informer, à rester entièrement à sa disposition, pendant tout le temps nécessaire à l’acquittement de la dette qu’ils ont souscrite ».
Aux candidats à l’émigration qui ne disposaient pas de la somme nécessaire à la traversée, le capitaine Frémont faisait donc signer un contrat par lequel ils s’engageaient, une fois arrivés à destination, à travailler durement jusqu’à remboursement intégral du prix du passage, ce que certains contemporains considéraient comme une forme d’esclavage moderne. On est effectivement face à ce qu’on appelle aujourd’hui un passeur, ce qui fait tristement écho à ce qui se passe actuellement en Méditerranée et dans la Manche. Continuer la lecture de « L’exil uruguayen d’un capitaine normand »

L’exposition visible du 5 au 22 mai 2025 sur l’émigration pyrénéenne aux Amériques à la
Le matin du 1er janvier 1872, la famille Chapar venue du Pays basque et installée dans la pampa argentine a été décimée. Les traces du massacre sont rares dans la presse française de l’époque ; l’information sera évoquée tardivement, en février 1872 dans La Petite Presse, qui assure que le gouvernement a endigué la vague de violence qui a coûté la vie à une quarantaine de personnes.
Saint-Jean Chapar a été assassiné aux côtés de sa femme et leurs trois enfants en bas âge, à quelques kilomètres de la petite ville pionnière de Tandil. La mort de la famille Chapar illustre l’autre réalité de l’immigration en Argentine. La violence s’est parfois déchaînée contre les étrangers arrivés en Amérique à la recherche d’une vie meilleure et ces destins brisés ont été oubliés comme autant de faits divers.
Le 3 mai 1945, Madeleine Truel était enterrée dans le cimetière de Stolpe dans le nord-est de l’Allemagne, victime d’un kapo du camp de concentration de Sachsenhausen, issue fatale d’une Marche de la mort qui avait débuté le 22 avril.
L’Amérique du Sud : Terre promise ! L’indépendance du continent suscite les vocations à l’exil. Le Rio de la Plata, le Chili et le Pérou sont des destinations qui font rêver l’Aquitaine au XIXe siècle. Le présent ouvrage explore les destins de migrants connus en Amérique Latine, peintres et photographes, religieuses, féministes et résistantes, et reconstruit les parcours d’anonymes dont les lettres ont été sauvegardées.
Mes cousins d’Amérique, par Jean-Pierre Labroille 24 février 2024
Exposition, projection débat et conférence sur l’histoire de l’émigration basque à
Au XIXe et au XXe siècle, des dizaines de milliers de Basques sont partis à l’aventure du continent américain pour gagner leur vie et s’assurer un avenir meilleur. Les émigrants ont fondé les familles de la diaspora transatlantique, et ont gardé des attaches avec le pays natal. L’exposition préparée dans le cadre du projet EMILA présente plus de 70 photographies illustrant les étapes du parcours migratoire, du voyage transatlantique à l’installation en Amérique latine ou aux États-Unis, suivant un itinéraire thématique et chronologique centrée sur plusieurs pays qui ont accueilli les Européens, le Mexique, l’Uruguay, l’Argentine, et également sur la côte Pacifique le Chili et le Pérou.
Isabelle Tauzin-Castellanos (professeure des universités, Bordeaux Montaigne) assure le commissariat de l’exposition ouverte au public sur la diaspora basque en Amérique du 3 août au 26 août, dans le cadre du projet EMILA Ecritures migrantes Latino-Américaines. Histoires et traces de/en Nouvelle Aquitaine à Hendaye. L’exposition à l’Espace Culturel Mendi Zolan est complétée par une projection débat le 3 août au cinéma Les Variétés de Parole de Basque avec Beñat Cuburu Ithorotz, docteur de l’université Bordeaux Montaigne et enseignant d’espagnol à l’IUT de Bayonne et à une conférence le 22 août à la médiathèque François Mitterand d’Hendaye.
Carlos Estela Vilela, doctorant sur le patrimoine photographique d’Eugène Courret, émigrant d’Angoulême parti au Pérou, est le concepteur graphique de l’exposition réalisée grâce aux contacts noués depuis 5 ans par l’équipe EMILA avec des descendants d’émigrants et des chercheurs de France et de Navarre, du Rio de la Plata ou d’autres terres d’accueil. Elena Poniatowska, Prix Cervantès de littérature, romancière franco-mexicaine, Oscar Alvarez Gila, historien de la diaspora à l’université du Pays Basque, Hernan Otero et Margarita Pierini, universitaires argentins, Marcel Loustau et Santiago Arca Henon, descendants d’émigrés basques et béarnais en Uruguay, Beñat Cuburu, spécialiste de l’émigration professionnelle d’Hasparren, Marie-Pierre Arrizabalaga, spécialiste de l’émigration basque, Pascal Chastin, doctorant qui explore les registres de Tardets-Sorholus, Raquel Idoate les réseaux de la famille Fort… nombreux sont les contributeurs et les partenaires rencontrés par l’universitaire spécialiste de l’Amérique latine Isabelle Tauzin, au cours de deux mois de recherches sur le terrain au printemps 2023, pour aboutir à l’exposition d’Hendaye du 3 au 26 août
En plus du public présent à la Cité des Arts de Bayonne, la transmission par zoom a facilité la participation du public éloigné, y compris en Amérique, déjà présent au cours d’été en 2022.
Objectifs
La Maison Pueyrredon se trouve dans la ville de San Isidro, Neuilly porteño à une vingtaine de kilomètres de Buenos Aires. Cette belle résidence proche de la rivière de la Plata est un musée municipal à vocation pédagogique.
rtraits et documents exposés, se trouve l’acte de naturalisation du père du Libertador, originaire de Basse Navarre -selon cet acte photographié sur place (“que es natural de la villa de … en la Baja Navarra y del mismo modo son sus padres cristianos”) mais l’acte de baptême de 1738 dans le registre en ligne incomplet d’Issor n’a pas été retrouvé si Poeyrredon est né dans ce territoire béarnais et non bas-navarrais. De même que la graphie “poeyredon” est celle attestée dans le département pyrénéen pour quelques actes d’état civil postérieurs à 1800. Le père de celui qui deviendra Directeur Suprême des Provinces du Rio de la Plata, est arrivé à Buenos Aires en 1764 comme représentant d’une maison de commerce espagnole.
Les Pueyrredon ont continué à aller et venir entre l’Amérique et l’Europe tantôt pour affaires et aussi pour éviter les persécutions politiques, en particulier sous le régime de Juan Manuel de Rosas. C’est ainsi qu’en 1835, le général arrive avec sa famille à Bordeaux, puis s’installe entre Paris, où son fils, le peintre Prilidianto Puyerredon se forme à la peinture et à l’architecture, et Cadix où Juan Martin possédait une entreprise spécialisée dans l’importation de cuir argentin (Lucas Andrés Masán, 
En amont d’une conférence sur l’immigration française en Uruguay programmée par l’Ambassade de France et l’Alliance Française de Montevideo, l’universitaire bordelaise Isabelle Tauzin-Castellanos a rendu visite à un collectionneur uruguayen fidèle aux racines de ses ancêtres basques et béarnais.
L’arrière-arrière-grand-père servit dans le bataillon des volontaires basques pendant la Guerre Grande qui dura jusqu’en 1851. Marcel Loustau conserve à la fois la sacoche de son ancêtre au service des colorados et la liste manuscrite des membres du bataillon. Urbain Loustau a épousé une immigrante basque, Gracianne Aphat qui s’est retrouvée veuve avec deux enfants à charge.
La guerre du Pacifique affecte les biens de Félix Dibos; sa maison de Chorrillos est détruite. De nombreux Français émigrés au Pérou sont retournés en France. Marie Maître donne des nouvelles depuis Paris de toute la communtauté expatriée (lettre du 6 décembre 1883) : “Les Dibos ont perdu presque toute leur fortune ; ils ont mis 3 ou 400 000 francs qu’il leur restait dans les bains de Magdalena”. Ruiné, Félix Dibos meurt à Lima en 1898. Les Dibos Pflücker ont 5 enfants qui intègrent la grande bourgeoisie péruvienne malgré les revers économiques de Félix Dibos. Le plus célèbre des descendants a été le pilote de course Eduardo Chachi Dibós. Le portrait de Jorge Dibos Pflücker, l’un des enfants de Félix Dibos, est issu de la collection Courret-Dubreuil (BNP).
Paul Lafitte est de ces Basques émigrés à Cuba qui ont marqué leur passage d’une empreinte indélébile. Toute sa vie fut guidée par des valeurs qu’il portait au-dessus de tout : le travail, la famille, le patriotisme.
Son père François étant douanier, Joseph Mendiague naquit aux Aldudes (Basse-Navarre) le 27 avril 1845. Il était le neuvième enfant d’une famille qui allait en compter quatorze mais la mortalité infantile étant très élevée à l’époque, seuls sept d’entre eux survécurent. En 1848, François Mendiague démissionna du corps des douanes et vint s’installer comme aubergiste à Hasparren, une commune où il avait déjà été nommé comme douanier une quinzaine d’années auparavant entre 1835 et 1838. Joseph Mendiague et sa femme Catherine Larregain avaient habité la maison Guardatea et les trois premiers enfants du couple y naquirent. La famille vécut les premières années dans différentes maisons au quartier Zelai puis elle s’installa au centre-ville où le couple prit la gérance du bar Dukiania pour compléter la retraite de douanier de François Mendiague.